19:39 06-12-2025

Villes fantômes chinoises : modernité vide et pari urbain

Villes fantômes chinoises: quartiers neufs mais vides, 65–80 millions de logements vacants, exemples de Kangbashi et Zhengdong; entre excès et pari urbain.

Des tours bien alignées, des avenues larges comme des couloirs déserts, des parcs soignés qui semblent attendre leurs premiers promeneurs. L’ensemble respire la modernité, frôle le futurisme — puis un détail fissure l’illusion : presque personne à l’horizon. Les voitures passent par à-coups, les fenêtres restent éteintes.

Voici le visage des villes fantômes chinoises. Pas des ruines ni des hameaux abandonnés, mais des quartiers flambant neufs où la vie quotidienne n’a jamais vraiment pris.

Pourquoi construire autant si si peu s’y installent ?

Ces dernières décennies, le pays a connu une urbanisation fulgurante : des millions de personnes ont afflué vers les villes, l’économie a accéléré, et les autorités ont encouragé la création de nouveaux quartiers en pensant à l’avenir. Sur le papier, l’élan semblait logique.

Parallèlement, l’appartement est devenu un placement privilégié. Beaucoup ont considéré le logement d’abord comme un actif à revendre ou à louer, plutôt que comme un toit où vivre. Résultat, des zones entières paraissaient habitées administrativement, alors qu’en réalité les immeubles comptaient peu de résidents. Le décalage saute aux yeux.

Des quartiers neufs sans habitants

À la différence des villes fantômes classiques marquées par le déclin, les exemples chinois sont des districts entièrement équipés et contemporains. Routes, écoles, commerces : tout y est, sauf la foule.

Selon diverses estimations, le pays compterait entre 65 et 80 millions d’appartements vacants. Cela ne signifie pas un vide absolu, mais une part notable du parc reste bel et bien inoccupée. Une abondance qui interroge autant qu’elle impressionne.

Kangbashi : des attentes jamais tout à fait concrétisées

Symbole connu du phénomène, Kangbashi, district d’Ordos dans le nord de la Chine, a vu sortir de terre une ville complète : barres d’habitation, théâtres, musées. Les planificateurs misaient sur l’arrivée de centaines de milliers de nouveaux venus. L’afflux n’a jamais été massif et l’endroit demeure peu peuplé, malgré l’ampleur de l’infrastructure.

Quand le vide ne dure pas toujours

Il existe aussi des trajectoires plus encourageantes. Certains districts finissent par attirer du monde. Longtemps qualifiée de ville fantôme, la nouvelle zone de Zhengdong comptait environ 1,3 million d’habitants en 2023. De quoi rappeler que tous les projets ne restent pas vides : parfois, la vie arrive avec un temps de retard, au rythme des besoins et des opportunités.

Qui vit réellement dans ces quartiers ?

Les données récentes se font rares — notamment pour 2024–2025. On cite volontiers le nombre de logements vacants, beaucoup moins qui occupe le reste. Il pourrait s’agir de jeunes ménages, de retraités, de résidents temporaires. Pour l’heure, les études fines manquent, et le profil social de ces quartiers demeure une zone d’ombre.

Fausse note ou pari de long terme ?

Pour certains, le problème vient d’un excès de construction ; pour d’autres, c’est une stratégie assumée : bâtir d’abord le cadre, laisser la population suivre. En Chine, cette séquence est fréquemment employée — on trace la trame urbaine, puis l’on attend que la vie quotidienne s’y accroche.

Pour l’instant, les villes fantômes restent un spectacle déroutant : neuves, modernes, presque vides. Il n’est pas exclu que, d’ici quelques années, beaucoup se fondent dans le paysage ordinaire, les fenêtres noires s’allumant enfin — preuve qu’un pari sur demain demande parfois simplement du temps.